« 29 août 1872 » [source : BnF, Mss, NAF 16393, f. 239], transcr. Bulle Prévost, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.9875, page consultée le 06 août 2026.
Guernesey, [29 août][18]72, jeudi matin, 7 h.
Je sais que tu es levé, mon grand bien-aimé, et je l’espère après une very good nuit. De mon côté mon cher grand petit homme, je n’ai pas trop à me plaindre de ma nuit à moi, ce qui me donne bon courage pour toute la journée. Mais, la joie des joies, serait pour moi de sentir ton grand cœur sans inquiétude sur tes petits-enfants et sur Jeanne en particulier. Le plus sûr, si non le plus possible, serait de ne pas t’en séparer. Quant aux autres précautions elles me paraissent plus dangereuses qu’utiles. Cependant, si après mûres réflexions tu persistes dans ton opinion d’envoyer Mariette en observation à Paris, c’est que tu as raison car tu ne dois pas pouvoir te tromper, quand il s’agit de la santé et du bonheur de ces deux adorables petits êtres. Quant à surveiller ton déménagement, la mère Lanvin suffirait du reste et mieux, sinon avec plus de zèle, que Mariette qui est étrangère à Paris. Voilà, mon pauvre bien-aimé, tout ce que ma sollicitude m’inspire pour le moment en s’inclinant devant ta sagesse suprême qui domine toutes les autres, je t’aime, je t’adore, je te bénis.
« 29 août 1872 » [source : Collection particulière (en vente sur e-bay le 27 février 2012)], transcr. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.9875, page consultée le 06 août 2026.
Guernesey, jeudi 29 août 1872, jeudi soir, 6 h.
Rien qu’un mot : je t’aime. Tout ce que je pourrai ajouter après ce mot-là ne vaut pas que tu prennes la peine de le lire. À moins que tu ne tiennes à savoir que j’ai passé ma journée à démoisir mes armoires à robes pendant que Suzanne lave, fourbita et dérouille la batterie de cuisine et que Blanche raccommode d’arrache fil. J’ai de plus depuis tantôt le peintre qui gratte la porte avant de la peindre. Tout cela se fait en même temps du haut en bas. Toi-même, mon pauvre grand petit homme, tu dois être en proie au remue-ménage pour l’arrivée de ton fils1, sans compter tes nombreux hôtes du dehors qui seront ici après-demain. Tout cela, mon cher adoré, doit t’ennuyer et te fatiguer bien fort si j’en juge d’après moi. Il n’y a pas de plaisir sans peine, ditb le proverbe, mais je trouve qu’on en a encore davantage pour le contraire. Heureusement que voici l’heure de nous retrouver ensemble avec les chers petits-enfants. Cette pensée me met du baumec dans le sang, et c’est avec un redoublement d’amour que j’achève mon gribouillis comme je l’ai commencé : je t’aime.
1 François-Victor Hugo arrivera bientôt avec Alice, sa belle-sœur veuve de son frère Charles, et les enfants de celle-ci.
a « fourbi ».
b « d’y ».
c « beaume ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
ils partent à Guernesey pour un an, le temps pour Hugo d’écrire son roman Quatrevingt-treize et d’entreprendre la conquête de Blanche, servante de Juliette.
- 7 janvierÉchec de Hugo à une élection partielle.
- 13 févrierHugo retrouve chez le docteur Allix sa fille Adèle, qu’il n’a pas vue depuis le 18 juin 1863. Elle revient de la Barbade.
- 17 févrierAdèle, fille de Victor Hugo, est internée dans la maison de santé du docteur Brierre de Boismont, à Saint-Mandé.
- 16 marsActes et Paroles.
- 7 avrilBlanche Lanvin entre au service de Hugo.
- 29 maiNaissance de sa petite-nièce Juliette, fille de son neveu Louis Koch.
- 10 août 1872-30 juillet 1873Séjour à Guernesey.
- 25 décembreHugo entreprend la conquête de Blanche Lanvin.
